LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS


Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D’une façon fort civile,
A des reliefs d’Ortolans.

Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin;
Mais quelqu’un troubla la fête
Pendant qu’ils étaient en train.

A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit:
Le Rat de ville détale;
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire:
Rats en campagne aussitôt;
Et le citadin de dire:
Achevons tout notre rôt.

- C’est assez, dit le rustique;
Demain vous viendrez chez moi:
Ce n’est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi;

Mais rien ne vient m’interrompre:
Je mange tout à loisir.
Adieu donc; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.


Translation by Marianne Moore:

THE TOWN RAT AND THE COUNTRY RAT


In this ancient parable,
Town rat proffered country rat
A fashionable meal
As a change from this and that,

Where on a rug from Turkey,
A feast for two was ready.
Fond fancy alone could see
The pair's joint ecstasy.

Fine food made each's plate replete -
More dainties there than greed could paint,
But as they were about to eat,
Noises were heard; the pair felt faint.

At the door, sniff ans smell.
What was scratching steadily?
Both frightened ill, half fell,
Then fled confusedly.

When they had dared to reappear,
In seclusion with relief,
The city rat resumed, "My dear,
Come now, divide the beef."

- "I have dined," the field rat said;
"Be my guest, pray, a day hence,
Though you'll not find, I am afraid,
Similar magnificence.

Yet I'm never in danger: I've supped,
Carefree from year to year;
And so farewell. What is good cheer
Which death threats can disrupt?"

La Fontaine - Le rat de ville et le rat des champs (Ouvrir le lien dans une autre fenêtre pour pouvoir lire le poème en même temps)