L'ALBATROS


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poëte est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.



  • Poème publié le 10 avril 1859 dans la Revue française. On peut y voir un souvenir du voyage de Baudelaire à l'île Bourbon (1841), puisque, d'après plusieurs témoignages, l'Albatros aurait été composé entre 1843 et 1846. Mais des sources littéraires ont pu s'ajouter ensuite au souvenir personnel (en particulier un passage de l'Oiseau de Michelet, publié en 1856). La troisième strophe fut ajoutée postérieurement, sur un conseil d'Asselineau, ami de Baudelaire.

Interprétation de Léo Ferré (Ouvrir le lien dans une autre fenêtre pour pouvoir lire le poème en même temps)
Interprétation de Serge Reggiani (Ouvrir le lien dans une autre fenêtre pour pouvoir lire le poème en même temps)


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